Visite inédite à la cathédrale

Les Faucons pèlerins sont des oiseaux (très) territoriaux durant la période de reproduction. Pourquoi donc ces rapaces sont-ils prêt à se bagarrer – au risque de se blesser voire de s’entre-tuer - pour défendre un espace aérien et 3 gargouilles? On peut proposer deux raisons.

D’abord, les sites de nidifications pour un Faucon pèlerin sont rares. Il doit s’agir, du moins dans nos régions, d’une falaise ou, par substitution, d’un haut édifice qui donne au faucon un accès direct au ciel. Autrement dit, le Pèlerin ne doit avoir qu’à se jeter dans le vide pour, avec un minimum d’effort, se retrouver porté par les courants aériens. Mais sur cette falaise ou ce bâtiment, le Pèlerin doit aussi trouver un emplacement de nid. Les Pèlerins ne construisent pas de nid, sinon ce serait facile! Ils pondent leurs œufs à même la terre, dans une anfractuosité de la falaise, ou derrière un balcon, sur une plateforme d’un bâtiment, un recoin où s’est accumulé un certain substrat comme des fientes (séchées) de pigeons. Bien entendu, il faut que cet emplacement soit relativement sec et surtout drainé, sinon, les œufs ou les fauconneaux seraient rapidement noyés. Et cela ne se trouve pas partout! Enfin, le site doit être exempt de dérangement – en hauteur du moins. Les Pèlerins, de par leur position de super-prédateurs,  ne supportent pas d’être mis en danger eux-mêmes. Il ne vont donc s’installer que sur des sites qui leur offrent une complète tranquillité. Mais tranquillité en hauteur, car ce qui se passe au sol leur importe peu. A l’église Saint Job d’Uccle, le couple de faucons niche sur le clocher, à une vingtaine de mètre de haut. C’est peu pour un Pèlerin. Mais il a là une paix sainte et heureuse. Et pourtant, la place Saint Job, à hauteur de plancher des vaches, grouille de monde: marché hebdomadaire, commerces, et même la kermesse annuelle. De tout cela, le Pèlerin n’a que faire, son domaine c’est le ciel! Donc la première raison, et probablement la principale, qui explique le comportement territorial des Pèlerins est la défense d’un site de nidification qui est, dans les faits, une denrée rare!

L’autre raison est plus classique : la défense d’un garde-manger. En excluant ses congénères d’un certain espace aérien, un couple de Pèlerins s’assure une certaine disponibilité en proies.

Observer le comportement territorial d’un Pèlerin n’est pas chose courante, mais c’est le cas à peu près une fois par semaine lorsque les observations sont très fréquentes, pour ne pas dire continues, comme c’est le cas au poste d’observation installé sur le parvis de la cathédrale des Saints Michel et Gudule à Bruxelles. Filmer le comportement territorial d’un Pèlerin, en gros plan de surcroît est donc une rareté! Et c’est pourtant ce qui est arrivé le 13 avril dernier à la cathédrale (vidéo 1 et video 2 26042018). Mais ce n’est pas tout ! L’intrus, qui s’est audacieusement posé sur une gargouille, est un faucon hybride élevé en captivité. On le reconnait à son plumage et à la bague d’élevage qu’il porte à la patte droite. Il s’agit probablement d’un hybride femelle entre un Faucon pèlerin et un Faucon gerfaut . La bagarre va durer de 10:39 à 11h50. La femelle de la cathédrale ne va cesser d’attaquer en piqué afin de déloger cet étrange fauconne. Et puis enfin, elle parvient à déstabiliser l’intruse. Celle-ci chute de la gargouille et disparait en vol (video 3 26042018).

Mais pourquoi cette fauconne née en captivité est-elle restée aussi longtemps sur la gargouille, au lieu de décamper rapidement devant les intimidations du couple nicheur ? Simplement car elle avait faim! On le déduit en observant qu’elle va à la base de la gargouille, chercher un restant de proie, et le dévorer malgré le danger (video 4 26042018). Quelle histoire!

A propos, ne manquer pas d’aller régulièrement regarder la caméra 2 de la cathédrale!

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