Un prédateur spécialisé au menu varié, très varié !

Une des particularités du Faucon pèlerin est d’être un « super prédateur », autrement dit un prédateur situé tout en haut de la chaine alimentaire. Cela signifie-t-il qu’il ne connait lui-même aucun prédateur ? Non. Une autre espèce d’oiseau est capable de prédater des Pèlerins : le Hibou grand-duc (nous en reparlerons !).

Le Pèlerin est un prédateur à la fois spécialisé et à la fois éclectique. 

Spécialisé, car il ne capture et donc ne se nourrit que d’oiseaux capturés en vol (quelques exceptions confirment la règle). Parmi la famille des faucons, il est, par excellence, LE chasseur aérien. C’est l’effet, génération après génération, siècle après siècle, millénaire après millénaire, de la sélection naturelle.

Eclectique, car les Pèlerins ne capturent, n’affectionnent, pas une espèce de proie plus qu’une autre. Le facteur limitant est la capacité physique du faucon à tuer et à transporter sa proie. En Europe, en Belgique, des Pèlerins ont été observés capturant des Oies rieuses aussi bien que des Mésanges bleues. Le poids moyen de la première tourne autour de 2.5 kg tandis que pour la seconde, on parle de 10 g ! Une incroyable différence ! Cette caractéristique écologique est remarquable car cela signifie que les Pèlerins ont « appris » qu’ils ne pouvaient pas se contenter d’une seule espèce ou famille d’espèce car manifestement une telle spécialisation ne leur permettrait pas de survivre. Ils sont donc capables, intellectuellement et techniquement parlant, de faire le choix et de mettre en œuvre des techniques de chasse qui vont rapporter un butin bien différent ! Les observations réalisées à la cathédrale des Saints et Michel depuis la première nidification observée sur l’édifice en 2004 ont permis de répertorier 65 espèces d’oiseaux différents au menu des Faucons pèlerins. Soixante-cinq espèces ! Et il est plus que probable  qu’il y en ait plus car les Pèlerins déplument régulièrement leur proie avant de l’amener à leurs fauconneaux. Lorsque la proie est grande, il est souvent possible de l’identifier en observant le bec, les pattes ou des plumes qui n’ont pas été arrachées. Pour les petits passereaux, il est exceptionnel d’arriver à identifier l’espèce lorsque le faucon a été consciencieux dans son opération de « déplumage »…

La liste complète de ces 65 espèces se trouve ici (http://www.fauconspourtous.be/proies?lang=fr). On constate que la famille des limicoles (= bécasseaux, bécassines, chevaliers etc, vidéo 1) est la mieux représentée avec 19 espèces. Comment expliquer la capture d’un Tournepierre à collier ou d’une Barge rousse à Bruxelles ? Le Pèlerin est-il parti en excursion sur les vasières de la réserve naturelle du  Zwin (https://www.zwin.be/fr) afin de varier son menu ? Non évidemment ! En fait, ces limicoles sont de grands migrateurs qui nichent de la Scandinavie à la Sibérie et hivernent pour certains jusqu’en Afrique du Sud. La première quinzaine de mai est la période de migration pré-nuptiale de la plupart de ces espèces. Et, vous l’avez compris, les Pèlerins capturent ces oiseaux migrateurs alors qu’en traversent le ciel de Bruxelles. Parmi les plus petites espèces, les Pèlerins installés à Bruxelles capturent de nombreuses Fauvettes à tête noire, ou encore des bergeronnettes, des  Martinets noirs. La plupart de ces espèces sont également capturées alors qu’elles sont en migration. Parmi les résidents, les Pèlerins capturent des pigeons domestiques (vidéo 2), des moineaux, des étourneaux, des grives et … des Perruches à collier. Bruxelles compte en effet une population importante de cette espèce échappée de captivité (originaire d’Asie et d’Afrique). On parle en effet de quelques 10.000 perruches établies à Bruxelles et dans ses environs (vidéo 3 & 4).

Le Pèlerin, un oiseau très particulier ? Sans aucun doute !

 

Vidéo 1. Le mâle Pèlerin de l’ULB apporte un Chevalier aboyeur à sa nichée.

Vidéo 2. Les pigeons domestiques sont régulièrement capturés.

Vidéo 3. Le mâle Pèlerin de la cathédrale des Saints Michel et Gudule vient plumer une Perruche à collier sur une gargouille.

Vidéo 4. Vue sur un dortoir de plus de 3000 Perruches à collier à Bruxelles (vidéo DV).

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