Opération de baguage du fauconneau de la cathédrale

Le baguage (scientifique) c’est quoi ? C’est le fait de marquer un oiseau avec une bague gravée d’un code unique de manière à pouvoir le reconnaitre individuellement. Et pourquoi le reconnaitre individuellement ? Afin de collecter des informations sur les déplacements, la longévité, le comportement d’un individu, de plusieurs individus, de manière à disposer de véritables « histoires de vie » qui pourront ensuite être extrapolées à la population de l’espèce étudiée. En d’autres mots, baguer permet de disposer d’informations tout à fait concrètes sur la vie des individus.

On pense souvent que le baguage est uniquement un outil d’étude des migrations. Et la question revient souvent : mais les migrations sont bien connues, pourquoi encore baguer des oiseaux en 2018 ? Simple ! D’abord car la migration des oiseaux est un comportement en perpétuelle évolution. Ce qui était valable il y a 50 ans ou même il y a 10 ans, ne les plus nécessairement aujourd’hui. Les oiseaux s’adaptent autant que faire se peut à l’évolution des conditions de vie sur la planète. Le plus souvent, il faut bien le dire, consécutivement aux actions de l’homme. Et dans les deux sens ! La destruction d’une zone marécageuse force les oiseaux à modifier leur parcours ou au contraire, la création d’un lac artificiel offre un nouveau site d’étape, voire une nouvelle zone d’hivernage. Et puis, le baguage permet de disposer de beaucoup d’autres informations sur le comportement des oiseaux sauvages. Pour prendre l’exemple du couple de faucons de la cathédrale, le fait que les deux partenaires sont bagués nous permet d’observer, avec étonnement mais certitude, que mère et fils peuvent se reproduire ensemble avec beaucoup de succès. C’est grâce au baguage que l’on peut déterminer l’âge record de la femelle. Que l’on peut comparer la stratégie de dispersion typique du Faucon pèlerin : les mâles s’installent pour nicher à petite distance de leur site d’éclosion, tandis que les femelles peuvent parcourir des centaines de km. Un peu plus abstrait : l’étude de la démographie. En compilant, année après année, faucon après faucon, les données d’observation, de ré-observation, éventuellement de découverte mort, d’individus bagués, il est possible de calculer le taux de survie annuel. C’est-à-dire le pourcentage de faucons qui a survécu d’une année à l’autre. L’observation de ce taux est très importante car elle permet, le cas échéant, de tirer à temps la sonnette d’alarme si une nouvelle menace s’abattait sur l’espèce.  Enfin, la découverte d’oiseaux bagués morts permet de disposer d’informations sur les causes de mortalités. La compilation, également année après année, de toutes ces données, permet encore de suivre l’évolution des menaces et d’évaluer si les mesure de protection mises en œuvre sont efficaces. Ainsi, les découvertes de faucons tués par des braconniers est aujourd’hui très exceptionnelle en Belgique. Et c’est très heureux !

Evidemment, cette activité scientifique ne peut être réalisée que dans un cadre très strict. Il faut avoir presté un stage de minimum deux ans, avoir réussi au minimum un examen théorique et pratique, avant d’être reconnu comme collaborateur-bagueur de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique et ensuite d’être autorisé, par dérogation des lois sur la conservation de la Nature, à baguer des oiseaux sauvages.

Ce 6 mai était donc le jour du baguage du fauconneau de la cathédrale. Pourquoi aujourd’hui ? Car le fauconneau est âgé de 3 semaines, ce qui correspond à l’âge idéal pour positionner parfaitement les bagues et pour déterminer son sexe. A partir de l’âge de 3 semaines environ, mâles et femelles Pèlerins se différencient déjà par la taille et le poids. Le fauconneau de la cathédrale pèse 617 g. C’est donc un mâle sans aucun doute. Une femelle aurait dû peser aux alentours de 850 g. Une sacrée différence !

Afin de permettre une observation plus précise, outre la bague métallique gravée d’un code unique en 7 caractères, complétée de l’adresse de l’Institut en abrégé, une seconde bague, en plastique blanc, a été positionnée à la patte gauche. Elle est gravée d’un code en 3 caractères (N/1) qui permettra, espérons-le, de l’identifier au télescope – ou via une caméra lorsqu’il aura quitté le territoire de la cathédrale.

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