Meurtre à la cathédrale !

Le récent et dramatique incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris a pour très logique conséquence de vérifier tous les dispositifs électriques installés dans la structure de la cathédrale des Saints Michel et Gudule. L’édifice, dont la construction a débuté en 1226, est l’un des trésors patrimoniaux du centre de Bruxelles. Ce sont les pompiers de Bruxelles et les spécialistes de la Fabrique d’église qui réalisent cette inspection.

C’est dans ce cadre que le petit balcon ornemental qui jouxte celui où nichent traditionnellement les Pèlerins de la cathédrale a été visité. L’endroit est fréquenté assidûment par les faucons. On les voit, depuis le sol, s’y poser régulièrement et disparaitre ensuite derrière les pilastres. Peu après, c’est une pluie de plumettes qui s’éparpillent dans l’air. Un faucon est occupé a plumé une proie avant de la déguster. Depuis l’arrivée des Pèlerins au cœur de Bruxelles en 2004, ce sont 63 espèces-proies qui ont été identifiées au menu des rapaces.

Eh bien, il va falloir en ajouter une soixante-quatrième ! Un peu particulière ! Au milieu des restes de grives, pigeons, grèbes, cailles, vanneaux éparpillés sur le balcon, il y avait un squelette décharné de Faucon pèlerin (photo 1 & 2) ! Celui-ci était dans un tel état qu’il est quasi certain que le forfait date de l’été passé, pendant la période de nidification 2018 donc. Les Pèlerins de la cathédrale ont tué et mangé un congénère ! Mais ce n’est pas tout. L’infortuné faucon était bagué aux Pays-Bas.  Renseignement pris auprès des collègues néerlandais, il s’avère que l’oiseau avait été bagué au nid le 10 mai 2013 dans un nichoir installé sur un immeuble de bureaux situé à Veldhoven, non loin d’Eindhoven, à 97 km de distance de Bruxelles. La famille comptait 2 mâles et 2 femelles. L’oiseau tué est une des femelles.

Les Pèlerins sont des oiseaux (très) territoriaux en période de nidification. Le sujet a déjà été abordé dans plusieurs blogs précédents. Pour rappel, tous les blogs postés depuis 2010 sont et restent consultables en ligne. Et ce sont avant tout les femelles qui expriment cette territorialité. Les mâles sont peu réactifs en la matière. La femelle nicheuse qui repère une intrue dans « son » espace aérien la poursuivra jusqu’à que celle-ci le quitte pour de bon ! Et si tel n’est pas le cas le combat s’engage et il peut être mortel. C’est ce qui a dû se dérouler le printemps passé à la cathédrale, mais nous ne découvrons les faits que maintenant. Un cas similaire a été constaté à Laeken en avril 2017 lorsque la femelle locale tua une intruse sur la terrasse même où est situé son nid (photo 2). Un combat mortel est répertorié en Belgique quasi chaque printemps. Est-ce normal ? Oui en ce qui concerne la territorialité. Par contre, une telle fréquence de mortalité parait plutôt anormale. Est-ce une conséquence du placement à grande densité de nichoirs dans certaines régions ? Probablement. Mais dans le cas de ce « meurtre à la cathédrale », enfin, il faudrait plutôt dire « meurtre et cannibalisme à la cathédrale », c’est singulièrement l’aspect cannibalisme qui parait exceptionnel. Pareil comportement n’avait en tout cas encore jamais été répertorié en Belgique.

Les Pèlerins n’arrêteront donc jamais de nous surprendre !

 

Photo 1 : On distingue le squelette du Pèlerin prédaté au milieu d’un amoncèlement de restes de proies (photo DV).

Photo 2 : Détail des restes du Pèlerin prédaté à cathédrale, les bagues néerlandaises sot bien visibles. (photo DV).

Photo 3 : Printemps 2017, la femelle nicheuse de Laeken a tué une rivale. Sa dépouille git au pied du nid (photo DV).

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